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Noël Champs-Élysées

La magie de Noël sur les Champs-Élysées

Pour respecter la magie de Noël, nous vous recommandons de lire cet article en écoutant d’authentiques chants de Noël guillerets et lumineux.

Les fêtes approchent, et, partout, tout plein d’agents des tout plein de municipalités en France s’activent, bloquant la circulation,  pour donner à Noël ce charme incomparable, celui du térawatt-heure qui s’enfuit vers la nuit étoilée.

Les décorations s’installent donc, ou simplement reprennent du service pour celles qui n’ont jamais été décrochées depuis des mois.

Elles offrent alors un spectacle que l’on peut admirer dès le petit matin, dans un décors fait d’une boue grisâtre qui rappelle qu’il tombe souvent plus de sel que de neige sous nos latitudes. Quand on se rend dans les bureaux tantôt surchauffés tantôt glacials, mais toujours très loin des 18°C, afin d’y cultiver nos germes, miasmes, virus et autre microbes ainsi que la neurasthénie ambiante qui accompagne la chute des marchés financiers, les craintes quant à l’avenir, les questions métaphysiques essentielles (Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quelle état j’erre ? Où cours-je ?), et surtout la morne grisaille hivernale.

Oui mais,

les décorations de Noël, jolies tout plein, nous permettent de ce faire dans une ambiance bien différente. Car elles donnent à la timide aurore un petit côté Auschewitz, n’étant pas allumées et ressemblant plus à des barbelés enserrant des colonnes de béton ou d’acier qu’elles ne rappellent la voûte céleste, dont les étoiles brillent au loin derrière l’épaisse couverture nuageuse.

Pourtant quelle joie de s’émerveiller à la nuit tombante, tandis que la lune se dilue dans un ciel d’encre, devant la Tour Eiffel parée de mille feux scintillants, au milieu des Champs Élysées et des exclamations enthousiastes en anglais américain et à 145 décibels !

Paris, ville Lumière !

N’en est-on pas plus profondément bouleversé dans son petit cœur que l’on vient d’admirer le sapin se dressant fièrement devant Notre-Dame, sous les promesses d’une mort violente et sale jaillissant des lèvres tordues, hideuses et grimaçantes de tous ceux qui, armés d’un appareil photo, voulaient immortaliser la magie de Noël avec Raymonde et sans personne sur le parvis de la cathédrale ?

Heureusement, les gens que l’on rencontre sur marché de Noël des Champs-Élysées sont beaucoup plus sympas ! Ils vendent les même saloperies inutiles que le reste de l’année mais à des gens qui tiennent un verre de Glühwein dont la concentration en sucre leur fait vibrer les muqueuses, et ils inspirent plus confiance dans leurs petites cahutes toutes blanches et toutes jolies, en luttant contre le froid qui, réflexion faite, est peut-être ce qui fige leur sourire. 

La célébration de l’enfance…

Quelle sorte de monstre ne serait pas touché par l’émerveillement des petits enfants lorsqu’ils courent vers la vitrine du Disney Store des Champs-Élysées, brûlant d’envie et d’existation devant les merveilles qui s’offrent à leurs yeux. Leurs parents, adorés ou exécrés selon l’utilisation qu’ils font de la carte bleue, leur apprennent à saliver devant la splendide robe rose Raiponse[1]  SURTOUT SANS poser les yeux sur le clochard qui gît à leurs pieds, la tête renversée, les yeux révulsés, la langue pendant d’un côté et qui, lui aussi, salive beaucoup.

Qui ne serait pas émerveillé des capacités d’argumentation de ces mêmes parents, dignes représentants de l’Homme moderne détaché de toutes superstitions et empreint d’un positivisme comtien, expliquant à leurs chérubins que : “Non, le Monsieur, ce n’est pas le Père Noël !”. En désignant le Monsieur, déguisé en père Noël, avec le chien à moitié mort emballé dans une couverture crasseuse à côté d’un Caddie défoncé et d’une pancarte “J’ai faim”.

… et de toute l’humanité

Comment ne pas être attendri par le retraité misanthrope qui sort avec son pote retraité et misanthrope un soir de semaine, en période de fêtes, sur les Champs-Élysées, juste pour pouvoir lui dire, dans un gémissement agacé et dédaigneux : “Pfff, mais qu’eskia comme monde !”.

Ou par ce brave homme qui avec sa femme et ses enfants s’arrête devant chaque décoration et donne le signal pour qu’ils répètent tous en chœur :”Nan mais qu’est-ce que c’est moche !”

Ou par ce hypster trendy branché, qui lead le chat in IRL avec ses friends[2], et qui est protégé du froid par son pull col-V unidimensionnel en coton bio équitable, certifié label rouge de la pastille verte écolo, et par son écharpe Burberry. Lui, c’est un vrai anticonformiste rebelle de la life, lui il méprise toute cette célébration du consumérisme et a trop le sum que le véritable esprit des fêtes soit mort.

Dit-il. Parce qu’en fait il fera comme tout le monde et mettra sous le sapin la machine Senseo qu’il a eu à un euros en achetant la sienne, avant de découvrir qu’elle fait du café dégueulasse, et emballera dans du papier rouge et or les deux paires de lunettes qu’il a eu, à un euros toujours, en achetant ses Ray-Ban chez Afflelou.

Y a pas, la magie de Noël, sur la plus belle avenue du monde, c’est vachement plus magique.

Joyeux Noël à tous !

Notes    (↵ returns to text)
  1. garantie 100% polyester chinois massif (avec un peu d’amiante et des teintures au plomb quand même) et avec laquelle une fois parée toute petite fille (ou petit garçon même) ferait la joie de n’importe quel pédophile
  2. Traduction : qui mène la conversation qu’il a avec ses amis. Bref, il parle fort, dit de la merde mais ses amis, plongés dans un silence admiratif, acquiescent au moindre de ses propos.