Introduction
La femme est souvent considérée comme une « mère porteuse » et sa tâche se réduit aux travaux de la maison. C’est le cas à Rome avec toutefois quelques nuances, de plus en plus perceptibles avec le temps. Sénèque disait qu’une femme ne vit pas pour elle mais pour ses fils et pour son mari. Cette phrase résume à elle seule la vie d’une femme …
La vie d’une femme sous la monarchie
la jeune fille
A Rome, le nouveau-né est aussitôt baigné et déposé aux pieds de son père qui peut le reconnaître ou non comme étant son enfant. S’il est reconnu, l’enfant est pris dans les bras de son père qui l’élève au dessus de sa tête. On emmaillote alors le bébé dans des langes blancs et on décore la maison de fleurs. Le petit est l’objet de toutes sortes de gestes et d’attention ayant pour but de conjurer le mauvais sort. Mais si l’enfant n’est pas reconnu, il est exposé. Toutefois, l’arrivé d’une fille est accueillie avec moins de faveur que celle d’un garçon.
La fille porte seulement le nom de sa famille (sauf s’il y a deux filles dans la maison), comme si on voulait estomper le peu de personnalité qu’elle pourrait avoir. Elle est toujours décrite dans la maison. Si, exceptionnellement, elle sort de la domus, c’est toujours chaperonnée par une parente ou une nourrice. Elle y apprend la tâche de matrona. Elle est élevée par sa mère mais sous l’autorité du père ; puis son éducation est parfaite par sa belle mère. L’adolescente (appelée virgo ou uirgo) est entièrement soumise, soit à son père soit, un peu plus tard, à son beau père mais elle est protégée. Le viol d’une jeune fille est un crime abominable. La vierge est tellement respectée que, même coupable, elle ne peut être mise à mort.
La virgo est vêtue d’une toge bordée de rouge (similaire à la toge prétexte). Ses cheveux sont serrés dans un chignon à l’arrière de la tête.
le mariage
A Rome, on peut presque dire que chaque individu naît pour se marier. Le célibat est quasiment inconnu. Les hommes se marient vers 20 ans et les filles sont épousées entre 10 et 14 ans car les Romains veulent des épouses vierges. Et comme le mariage est immédiatement consommé, cela donne lieu à différents contrats entre père et mari pour garantir l’abstinence pendant quelques années afin de ne pas mutiler la toute jeune épousée. Les fiançailles sont faites par les pères qui ne tiennent nullement compte des penchants des promis. D’ailleurs, les fiancés ne se connaissent généralement pas avant la cérémonie.
Le mariage peut être célébré n’importe quand, sauf au mois de Mars (mois de la guerre) ou au mois de mai (mois du culte aux morts). On distingue 2 sortes de mariages :
- le mariage cum manu, qui place la femme sous l’autorité de l’homme
- le mariage sine manu, dans lequel l’épouse n’est pas juridiquement soumise à son mari.
Dans le mariage cum manu, on distingue également 2 sortes d’unions :
La confarreatio :
C’est probablement l’union la plus archaïque et elle a un caractère religieux très net.
Assistés du grand pontife et du flamine de Jupiter, en présence de 10 témoins, les époux offraient à Jupiter un gâteau d’épeautre et prononçaient des prières.
Ce rite, assez rare, a longtemps perduré dans les grandes familles patriciennes.
La coemptio :
C’était un mariage par « achat » de la jeune fille en présence de 5 témoins. Procédure d’acquisition fictive, la coemptio n’était plus guère pratiquée à la fin de la république.
l’attente de l’enfant et l’accouchement
Tout en continuant son éducation ménagère à l’intérieur de la maison du mari, sous la férule plus ou moins sévère de sa belle mère, la jeune épouse attend l’annonce d’un enfant. Généralement, les naissances sont nombreuses, certains prénoms en attestent : Quintus (le Cinquième), Decimus (le Dixième), … Mais la Romaine, malgré sa fierté d’être mère, éprouve toujours une certaine inquiétude car la grossesse n’est pas toujours facile. Bon nombre de femmes sont mortes en couche (Julie, fille de César, Tullia, fille de Cicéron, par exemple).
L’accouchement se déroule en position assise, sur une chaise évidée, hors de la présence du mari. Au terme de la délivrance, les sages-femmes présentent le bébé au mari qui le reconnaît ou non.
La Romaine a ses enfants très jeune car la précocité du mariage entraîne une ménopause vers l’âge de 40 ans.
Pour les Romains, la naissance d’un garçon est plus attendue que celle d’une fille. Même les mères délaissent leurs filles et préfèrent s’occuper davantage de leurs garçons. C’est pourquoi les époux font des enfants jusqu’à ce qu’ils aient au moins un héritier mâle.
la femme : statut, rôle social, …
La communauté romaine est une société virile. Les femmes sont pratiquement exclues des activités primordiales : justice, politique, guerre, … Dès son arrivée au monde, la fille est accueillie avec moins de faveur que le garçon.
La femme doit être une bonne épouse. Il faut qu’elle soit absolument fidèle à son mari ; prise en flagrant délit d’adultère, elle peut être tuée sans procès. Par contre, le mari peut tromper sa femme sans plus s’en soucier … Caton a dit :
Si tu surprend ta femme en train de commettre une adultère, tu peux impunément la mettre à mort, sans procès ; si c’est toi qui commet l’adultère, elle n’a pas le droit de te toucher.
La femme romaine n’a aucun droit et elle dépend toujours d’un homme (son père, son mari ou un tuteur).Cela vient du fait que les Romains estiment, par nature, que les sexes ne sont pas égaux et que le sexe masculin l’emporte. Pour eux, les différences sont considérables : ce sont 2 espèces de la genus humanus ; le sexe masculin est plus vigoureux, … L’importance de la force est en effet considérable dans une société rustique, artisanale et militaire à l’abri du progrès. Donc, les causes de cette injuste différence ne sont, à la base, pas si blâmables. Si la femme perd son mari, elle passe sous la dépendance d’un agnat (plus proche parent désigné comme tuteur).
Toute sanction peut la frapper, elle ne peut rien posséder à elle, ne peut pas témoigner en justice, ne peut assister à l’ouverture d’un testament, ne participe as à l’adoption, ne peut exercer de tutelle, elle doit passer par son mari pour traiter toute affaire, …
Oui, en théorie, car bien souvent -mais pas toujours- la femme est très respectée.
Le droit de vie et de mort du mari sur sa femme n’est que virtuel. La mère de famille est très considérée. L’autorité de la mère sur les enfants est à peu près égale à celle du père. La matrone règne sur son foyer dont elle possède toutes les clefs (sauf celle de la cave, la femme n’a pas le droit de boire d’alcool). Le matricide est inconnu. La cité protège les mères, elles sont unanimement respectées.
Les femmes ne peuvent être touchées que par leur famille et le prestige d’une femme dépend beaucoup de la popularité de son père.
Les époux ne doivent pas trop s’aimer. En effet, le mariage doit être considéré comme ayant un but procréatif et non affectif. Sénèque disait :
Tout amour pour la femme d’un autre est condamnable, mais déplorable est aussi un amour exagéré pour sa propre femme
Et si certains hommes mènent une vie d’enfer à leur épouse, le contraire est parfois vrai.
Chaque femme a sa déesse particulière, en plus des divinités « officielles ». Les femmes peuvent participer à la vie religieuse : elles s’occupent de certains rites et de sacrifices non sanglants. Ainsi, on trouve dans le calendrier Romain de nombreuses fêtes essentiellement ou exclusivement féminines : Carmentalia, Mastronalia, Mater Matuta, Matralia, Nones Caprotines, Juno Regina, Fortuna, Fortuna Muliebris, Bona Dea, …
Mais certaines Romaines sont totalement religieuses et ont plus de prestige que les prêtres : ce sont les Vestales. Elles sont indispensables aux cultes puisqu’elles confectionnent la farine des sacrifices, la mola salsa. Elles entretiennent un feu qui ne doit jamais s’éteindre, dans un temple circulaire.
On accorde en effet aux femmes un rôle particulier dans le domaine divinatoire. La Sibylle, longtemps après ses prédictions, joue encore un rôle fondamental dans la cité : on consulte ses livres dans les situations critiques. On donne une grande importance aux paroles des jeunes filles et des femmes ainsi qu’à leurs rêves.
Les femmes peuvent donc jouer un rôle politique en infléchissant la conduite de leur mari par l’annonce de songes plus ou moins vrais.
Dès le début de l’histoire de Rome, on admet en fait que les femmes, bien qu’elles soient tenues à l’ écart de la politique et de la guerre, interviennent dans la vie de la cité (ex : les Sabines, Clélie, …).
Les femmes esclaves ont une situation encore plus précaire que les femmes « libres ». En effet, elles ne peuvent se marier (elles doivent donc vivre en concubinage avec leur compagnon), leurs enfants deviennent eux aussi esclaves et elles subissent régulièrement les attaques de leurs maîtres qui n’hésitent pas à les violer pour sustenter leur désir (car n’oublions pas qu’il est indécent de trop aimer sa femme ; les hommes font donc avec les esclaves ce qu’ils ne peuvent faire avec leur femme). En plus de la servitude, les esclaves sont généralement des artistes : elles dansent, chantent, joue de la lyre, …
Les femmes libres sont toutes habillées pareillement : elles se dissimulent presque tout le corps (souvent, même le visage), portent une ample robe de laine (stola) qui frôle le sol et cache les pieds (la Romaine ne doit pas les montrer). Elles mettent un grand châle pour sortir de la domus. Leur coiffure se compose de tresses tenues par des bandelettes. Leurs cheveux sont dénoués pour le deuil et pour certaines fêtes. En guise de sous-vêtements, elles portent un pagne et une sorte de soutien-gorge, le strophium, mais ceux-ci sont surtout destinés à l’entraver dans ses mouvements (la Romaine n’est pas libre de ses mouvements, toute sa vie est très codifiée). Elles se chaussent de sandales et se parent de quelques bijoux (collier, fibule, boucles d’oreilles) ; toutefois, aucun luxe superflu : les couleurs de leurs vêtements sont ternes, elles ne se parfument pas et ne se maquillent pas. Toutes les femmes sont vêtues à l’identique et aucune fantaisie dans le costume n’est permise. La Romaine doit être une femme simple, laborieuse et obéissante.
La vie d’une femme sous la république
statut social
Les femmes se marient de plus en plus sine manu, elles ne sont plus dépendantes de leur mari mais elles sont comme prêtées par leur père à leur mari. Une fois marié, le jeune couple s’installe dans une nouvelle demeure, il ne reste plus sous le toit du paterfamilias.
Les jeunes filles vont étudier quelques années, avec les garçons, chez le magister ludi, leur éducation n’est plus seulement ménagère.
Les femmes s’émancipent et parviennent à avoir un peu plus de liberté, mais elle sont de moins en moins respectées. Ainsi, Caton le Jeune prête t-il sa femme à un ami pour qu’il ait de beaux héritiers. La femme devient à la fois plus libre (encore que …) et à la fois moins admirée, et transformée en objet ; quoique les hommes considèrent plutôt leur personnalité que leur statut social.
Sous la république, beaucoup de femmes sont plus riches que leur mari. Ainsi, il n’est pas rare que les hommes empruntent de l’argent à leurs épouses. La rigidité romaine s’assouplit : on bascule d’une vie de labeur à une vie de plaisirs.
la mode
La république est marquée par l’apparition d’une mode vestimentaire. Ainsi, on commence à voir des femmes habillées et coiffées différemment les unes des autres. De plus, elles se vêtent de tissus aux couleurs vives. Elles se maquillent, se parfument, se parent de bijoux. Le miroir, qui a fait son apparition pendant la période étrusque, devient un instrument obligatoire.
autres évolutions
Le père commence à tenir compte des penchants de la jeune fille avant de la marier. De plus, les prétendants sont progressivement autorisés à faire la cour aux jeunes filles.
Le mariage perd sa stabilité. Son but n’est plus de procréer, mais d’effectuer des alliances politiques. Comme celles-ci se font et se défont, le mariage en va de même.
Les mœurs deviennent plus tolérantes. Les hommes n’hésitent plus à divorcer et à se remarier. Ils respectent moins les épouses et multiplient les maîtresses.
Le rôle social des femmes s’agrandit : elles sont autorisées à participer aux banquets et aux réceptions. Le mariage sine manu aboutit à une véritable séparation des biens et les romaines s’auto-administrent. De plus, les femmes peuvent attaquer n’importe qui en justice et elles commencent à avoir un rôle politique.
La bigamie, voire la polygamie, apparaît. Les femmes deviennent volages. L’amour conjugal remplace l’amour-devoir de jadis. On ne trouve pas de demi-mesure : ou les époux sont totalement fidèles, ou c’est la légèreté et la débauche qui règnent dans le couple.
Les femmes esclaves doivent, en plus de la servilité, donner de bons petits esclaves à leurs maîtres. Il y a de plus en plus d’affranchies : elles se prostituent ou deviennent sages-femmes, nourrices, … .
Pour les familles modestes, la tradition régalienne reste de mise. Deux mondes se côtoient : Les riches, débauchés, et les plus pauvres, rigides et traditionalistes.
La vie d’une femme sous l’empire
Au début de notre ère, la natalité décroit dangereusement à Rome et le tissu familial se défait. Ainsi, Auguste fait tout pour empêcher le célibat : il prend des mesures, comme l’interdiction de toucher un héritage, à l’encontre des célibataires. Par contre, il octroie des avantages aux parents de plus de trois enfants et permet aux mères de ne plus être astreintes à la tutelle sous cette condition. Il créée une instance spéciale pour punir l’adultère et fixe comme châtiment la confiscation d’une partie des biens : l’adultère passe de délit privé à un délit public.
De plus, il oblige les maris qui divorcent à rembourser la moitié de la dot au père de l’épouse. Il fait tout pour renforcer les liens du mariage mais ces mesures ne s’appliquent qu’aux classes les plus modestes. Finalement, ces lois n’ont que peu d’effet, car Auguste ne les respecte pas lui-même.
Néanmoins, l’émancipation des femmes, commencée au début de la république, se poursuit. Et l’importance de la mère dans la génération est maintenant reconnue : ce n’est plus uniquement une mère porteuse.
Conclusion
Les femmes ont certes gagné un peu d’indépendance sous la république, mais elles ont également perdu en prestige. Est-ce que les hommes admiraient les femmes pour leur courage face à leur vie déjà toute tracée à leur naissance ? On peut se poser la question. Mais le traitement des femmes a peu évolué dans certaines religions.